jeudi 30 juillet 2026

Si Charlot devait tourner à nouveau « les Temps modernes », il se rendrait probablement dans un entrepôt Amazon. - OUVERTURE DE LA FIFA AU PRIVÉ. - Infantino pousse le football mondial dans un abîme mercantile

 UNE NOUVELLE SEMAINE DE LECTURE AVEC :

L'HUMANITÉ MAGAZINE SEMAINE DE JEUDI 30 JUILLET AU JEUDI 06 août 2026  


À l'ombre avec un jus de fruit 

PASSEZ VOS VACANCES EN LECTURE


Si Charlot devait tourner à nouveau « les Temps modernes », il se rendrait probablement dans un entrepôt Amazon. Grand spécialiste de ce secteur tentaculaire en pleine expansion, le sociologue du travail David Gaborieau analyse ses ressemblances insoupçonnées avec l’usine traditionnelle.

Quel rapport entretenez-vous, dans vos travaux, avec l’œuvre de Charlie Chaplin ?

David Gaborieau

Sociologue du travail

Avec mes étudiants, j’utilise tout le temps cette scène mythique des « Temps modernes ». Je mime devant eux le geste de Charlot qui visse les boulons, perd le rythme de la chaîne, puis essaie sans arrêt de le rattraper. Je rejoue cette scène parce que cette image est très ancrée dans les imaginaires et résume bien la représentation qu’on se fait de l’usine manufacturière dans sa forme classique.

Mais il y a une lecture plus intéressante encore : en réalité, ce que montre Charlot, c’est que l’ouvrier ne suit jamais parfaitement le rythme imposé par la machine ; il est constamment en avance ou en retard. Cela signifie qu’il y a toujours un écart entre le fantasme taylorien de la planification des tâches et la réalité de la chaîne. Ce gouffre entre travail prescrit (pensé par le bureau des méthodes) et travail réel (tel qu’il est effectivement réalisé) est au cœur de la...



OUVERTURE DE LA FIFA AU PRIVÉ

qui sont les frères Kushner pour qui la diplomatie est un business et le monde un Monopoly
Joshua Kushner, pressenti pour mener le projet de Gianni Infantino, marche sur les traces de son frère Jared, gendre de Donald Trump, qui a toujours perçu le monde comme un vaste marché lucratif.

Le projet du président de la Fifa, Gianni Infantino, de créer une société de 20 milliards de dollars pour assurer la gestion de la Coupe du monde avec des investisseurs privés, marque une nouvelle étape dans la financiarisation du sport. Mais en réalité, cela va bien au-delà. L’idée est de céder des parts dans les compétitions de la Coupe du monde de la Fifa à un fonds d’investissement dirigé par Joshua Kushner, chargé d’attirer des fonds souverains pour y participer.

La présence de Joshua Kushner ne doit rien au hasard. Il est le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, dont la spécialité réside dans la transformation des affaires politiques publiques en un commerce plus que lucratif. Qu’il veuille engager son frangin...



Initiative après initiative, Infantino pousse le football mondial dans un abîme mercantile


Gianni Infantino ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Après avoir organisé le Mondial de foot « le plus lucratif » de l’histoire, main dans la main avec son copain Donald Trump, le patron de la Fifa rêve tout haut de vendre la Coupe du monde aux marchés financiers. Diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences…

Toutes ces sources de revenus seraient, selon le business plan dévoilé mercredi, gérées par une société commerciale – la Fifa Forward Enterprise – abondée, à hauteur de 20 % dans un premier temps, par des investisseurs privés. Le millionnaire suisse, en pleine campagne pour sa réélection en 2027, promet, en échange, quelques dizaines de millions d’euros supplémentaires aux fédérations nationales. Une carotte exceptionnelle, pour mieux faire avaler la logique de financiarisation qui se profile derrière.

Initiative après initiative, Infantino pousse le foot mondial dans un abîme mercantile, à contresens de la vocation originelle de la Fifa, association à but non lucratif. L’objet d’un fonds d’investissement n’est ni le sport, ni l’éducation populaire, ni la solidarité, mais le profit exponentiel.

Laurent Mouloud