RENDEZ-VOUS VENDREDI AVEC LA GAUCHE
Ce matin, l'équipe de la liste Nouvelle ère était sur le marché pour diffuser les premières propositions du programme et l'invitation à l'inauguration du local de campagne ce vendredi à 18h rue Vallon.
Le citoyen ordinaire est en général perdu face aux différents échelons de pouvoirs publics en France : les communes, les intercommunalités, les départements, les régions, l’État et l’Union européenne. L’originalité du PCF est qu’il ne se contente pas de gérer comme il peut les municipalités auxquelles il participe. Il veut y organiser, au plus près des gens, la lutte, notamment vis-à-vis de l’État et des capitalistes, pour obtenir les moyens d’une politique de justice sociale, de défense des valeurs humanistes et de la planète, en vue d’une transformation profonde de la société. C’est pourquoi Cause commune s’est proposé de constituer un dossier autour de ces questions, à quelques mois des élections municipales.
Trente/trente-cinq mille communes
Il n’est pas inutile de rappeler d’ores et déjà que le mot « commune » est dérivé du latin communia qui désignait un groupe de personnes partageant des responsabilités collectives (l’idée de service public n’était déjà pas loin). C’est le fameux mouvement médiéval des communes : celles-ci réclament leur part d’autonomie à l’égard des seigneurs, mais les tensions avec les rois de la fin du Moyen Âge, qui centralisent leur royaume et luttent contre cette aspiration à l’autonomie communale, mettent largement fin, pour un temps, à ces aspirations au pouvoir local.
« Les municipalités n’ont qu’une autonomie de décision limitée, elles sont en outre de plus en plus étouffées budgétairement.
En 1789, la commune refait surface avec un « comité général de la commune » siégeant à l’hôtel de ville de Paris, remplacé par une « commune insurrectionnelle » en 1792, qui avance bravement des revendications d’égalité et de démocratie directe : une forme ancestrale de socialisme ? En tout cas dans l’idée communale révolutionnaire figure déjà fortement celle d’autonomie locale.
Depuis la Révolution, la France a toujours eu entre trente mille et quarante mille communes, en général liées aux anciennes paroisses. Les conseils municipaux et les maires n’ont pas toujours été élus, mais le sont depuis la loi du 5 avril 1884 il s’agit donc d’une démocratie de proximité, au moins pour les petites communes. Mais il y a évidemment de grandes différences entre tel village ou telle grande ville, avec un continuum de situations intermédiaires.
La situation est assez différente dans de nombreux autres pays, où les plus petites structures électives peuvent même représenter quelques centaines de milliers d’habitants. Quelques exemples de cette diversité sont évoqués dans notre dossier. De multiples expériences de politisation révolutionnaire de la commune existent de par le monde. En 2012, quand Chavez au Venezuela appelle le peuple à se saisir de la commune, il espère en faire un outil de lutte contre la bureaucratie qui, selon lui, a progressé dans l’appareil d’État. Aujourd’hui, le pays est traversé par tout un tissu de conseils communaux et de « communes productives » qui jouent un grand rôle dans le pouvoir local.
La pensée anarchiste est aussi riche de réflexions sur l’échelon communal : ainsi le concepteur du municipalisme libertaire, l’Américain Murray Bookchin, estime que l’autonomie communale serait un outil de réponse à l’impératif environnemental et au désir de démocratie locale (son projet a été partiellement adopté par le Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK).
« Le “communisme municipal” a été et est encore l’occasion d’opérer une expérience concrète d’administration de collectifs afin de donner corps à la protestation populaire, tout en offrant des relais à des revendications de base. »
En France, il ne manque pas de gens, y compris classés à gauche, pour soutenir qu’il y a « beaucoup trop de communes » et qu’il est évident que, devant la complexité des rouages, un instituteur de campagne ou un paysan « n’a pas la formation pour gérer une collectivité ». En conséquence, seuls des professionnels de la politique devraient être à la tête des collectivités locales. Telle n’est pas la position du PCF, on l’aura compris.
Les intercommunalités
Les municipalités n’ont qu’une autonomie de décision limitée, elles sont en outre de plus en plus étouffées budgétairement. Dès le début, des préfets ont exercé une surveillance qui peut aller jusqu’à refuser d’avaliser certaines délibérations. Depuis quelques décennies, la plupart des communes sont chapeautées par ce qu’on a appelé de divers noms : districts, communautés urbaines, métropoles, syndicats intercommunaux à vocation unique ou multiple, communautés de communes. Les configurations sont variées. L’exemple le plus frappant est celui de l’agglomération lyonnaise : il y a une dizaine d’années, le maire de Lyon et président de la métropole, Gérard Collomb, et le président du conseil général, Michel Mercier, se sont entendus pour fusionner au bénéfice d’une nouvelle « métropole » toutes les prérogatives de la communauté urbaine et du département ; par exemple, les collèges sont maintenant du ressort de la Métropole. Plus généralement, la politique assumée et théorisée, souvent dénoncée sous l’appellation « vingt métropoles et le désert français », a été étendue sous des formes diverses, et on estime en général qu’elle porte une large responsabilité dans le déclin des petites villes et des campagnes, dans l’assèchement des services publics.
Les élections municipales et intercommunales
Il reste que, en principe tous les six ans, les conseils municipaux et les responsables intercommunaux sont renouvelés. Ce sera le cas en mars 2026. La droite et le centre droit sont devenus très impopulaires mais conservent des positions non négligeables. L’extrême droite a commencé à s’implanter à certains endroits en 1995 (Orange, Marignane, Toulon) et a progressé à diverses élections suivantes, elle est aujourd’hui menaçante. En outre, techniquement, elle a acquis de l’expérience et su comment trouver un certain assentiment dans la population. Ceci est d’autant plus inquiétant que le gouvernement, le grand patronat, la presse riche et puissante ont diffusé une vision banalisée de cette mouvance, présentée comme maintenant peu dangereuse pour les libertés. Les extrêmes droites bénéficient encore d’une apparence de « nouveauté non encore tentée », face au petit jeu d’alternance sans grande différence entre la droite et ce qu’on appelle habituellement la gauche (à savoir la droite du PS, symbolisée notamment par la présidence de François Hollande).
Or la commune est au ferment d’une expérience portée par le PCF qu’on a souvent qualifiée de « communisme municipal » : selon Emmanuel Bellanger, un de ses spécialistes, c’est à partir des années 1920 le produit d’un compromis entre la ferveur révolutionnaire portée par la lueur venue de l’Est, et une histoire authentiquement française, marquée par la gestion socialiste des municipalités et les traditions républicaines. Ce « communisme municipal » a été et est encore l’occasion d’opérer une expérience concrète d’administration de collectifs afin de donner corps à la protestation populaire, tout en offrant des relais à des revendications de base (l’histoire du PCF est ainsi traversée par la tension entre le répertoire d’action révolutionnaire et une stratégie d’implication dans le jeu politique institutionnel). Enfin, le « communisme municipal » a permis de faire émerger des figures locales issues de la classe travailleuse.
« Le PCF souhaite l’unité sur des bases de gauche claires, comme il l’a toujours fait depuis des décennies. Même s’il n’a plus la force d’autrefois, il conserve de nombreux élus et montre son utilité sur le terrain ; il va continuer son action au service de la population. »
Dans notre contexte très contemporain, on aurait pu espérer que, face à ce danger et face au discrédit de la droite, la gauche se serait unie très largement, comme en 1977, ou comme au lendemain de la dissolution de 2024 avec le Nouveau Front Populaire. Malheureusement, pour le moment, ce n’est pas le cas en particulier chez certaines de ses composantes, même si l’on peut espérer encore une pression populaire, associative et citoyenne en ce sens.
Le PCF souhaite l’unité sur des bases de gauche claires, comme il l’a toujours fait depuis des décennies. Même s’il n’a plus la force d’autrefois, il conserve de nombreux élus et montre son utilité sur le terrain ; il va continuer son action au service de la population. Notre dossier, qui n’est pas de simple vocation électorale, entend participer à la promotion de municipalités et d’intercommunalités progressistes, où le parti communiste ait toute sa place.
Pierre Crépel et Hoël Le Moal sont membres du comité de rédaction de Cause commune. Ils ont coordonné ce dossier.
Cause commune n° 45 • septembre/octobre 2025.



