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jeudi 19 mai 2016

DÉBAT SAMEDI 21 MAI À THONON


Bernard Friot :
Après avoir publié, en 2010, L’Enjeu des retraites1, Bernard Friot prolonge son analyse en nous livrant, avec L’Enjeu du salaire (2012), un projet de société alternative ancré dans les potentialités émancipatrices du présent, un projet à la fois « révolutionnaire » et néanmoins partiellement réalisé. Plus exactement, l’auteur développe, en huit chapitres, un raisonnement articulant trois démonstrations. Il rétablit le sens premier des institutions du salaire en montrant leur caractère intrinsèquement subversif ; il met à jour les objectifs profondément régressifs des réformes engagées depuis trois décennies pour « sauver » l’emploi et les retraites ; il propose, enfin, de s’appuyer sur la portée émancipatrice de la qualification et de la cotisation sociale pour fonder, en les généralisant, une société libérée du marché de l’emploi, du crédit lucratif et de la propriété lucrative. Ce faisant, il montre les limites, voire les contresens des mesures prises ou défendues par des organisations syndicales et des politiques de gauche.
L’ambition est impressionnante : il s’agit de montrer, en moins de 200 pages, ce que le discours dominant (politique, médiatique, académique, patronal, mais aussi syndical, en France et un peu partout dans le monde) empêche de voir : les potentialités libératrices de certaines institutions du salariat issues de luttes sociales et menacées par les « réformateurs ». Rendre visible ces potentialités est de la plus haute importance, car, pour Bernard Friot, la montée des violences, le succès des extrémismes ou le rejet des partis politiques, le désespoir radical, tout un ensemble de faits sociaux inquiétants s’expliquent à la fois par les décennies de réformes antisociales et par l’absence de perspective proposées par la classe dirigeante. Il faut sortir de ce récit mortifère qui fait envisager au plus grand nombre un avenir toujours plus menaçant qui, s’il n’est pas tout à fait la guerre, n’en est pas moins marqué par la destruction.
 et J.M. Durand, économiste, rédacteur à Economie Politique 


Retraite : 
l’enjeu du salaire à vie

La pension de retraite a été construite avec comme objectif syndical la continuation à vie du salaire atteint à 55 ans. Le modèle a été le régime de la fonction publique, étendu à l’EDF (où on parle de « salaire d’inactivité »), à la SNCF et aux autres entreprises publiques. Ainsi, au début des années 1990, le taux de remplacement du dernier salaire net dans la première pension nette était dans le privé en moyenne de 84% pour une carrière de 37,5 ans. L’objectif de la CGT n’était pas encore atteint, mais on s’en était considérablement rapproché. Les axes de l’action syndicale ont été la hausse du taux de cotisation afin d’arriver à un taux de remplacement de 75% du meilleur salaire brut, soit 100% du net, à un âge le plus bas possible (55 ans et 50 ans pour les métiers pénibles), avec indexation sur les salaires de la pension.

La hausse constante du taux de cotisation (passé entre 1945 et 1995 de 8 à 26% du salaire brut), en reconnaissant toujours davantage la valeur économique produite par les retraités, a ainsi permis une croissance non capitaliste du PIB. Car revendiquer qu’à 55 ans on touche à vie son meilleur salaire, n'est pas se limiter à revendiquer le droit au loisir après une vie de travail, mais c’est surtout affirmer qu’à un âge politique on peut enfin travailler en étant payé à vie, décider de son travail sans employeur et sans actionnaire. Les retraités sont libérés non pas du travail mais de l’emploi et du profit pour travailler dans la liberté. Et ils montrent que cela pourrait être le cas de tout le monde.

C’est à cette conquête révolutionnaire d’une nouvelle pratique de la valeur économique que s’attaquent les réformateurs. Prenons les positions de la CFDT : plus d’âge politique le plus bas possible, mais un âge plancher au-delà duquel on prend sa retraite quand on veut, plus de hausse du taux de cotisation mais sa stabilité sur le long terme, plus de pension remplaçant le meilleur salaire mais une pension calculée sur la base de la somme des cotisations de la carrière, indexation non plus sur les salaires mais sur les prix. La référence au salaire a disparu, et avec elle toute idée que les retraités travaillent et que, sur ce modèle, il serait possible de libérer tous les travailleurs du marché du travail et de la propriété lucrative des entreprises. Les réformateurs réaffirment au contraire la pratique capitaliste du travail : ne travaillent que ceux qui sont soumis au capital, les autres ont droit à un revenu différé obtenu grâce à une prévoyance en répartition et en capitalisation.

Comment retrouver l’offensive face aux réformateurs ? En poussant plus loin les conquêtes du salaire à vie. Il s’agit de revenir à la revendication de retraite pour tous avec 100% du meilleur salaire à 55 ans, qui montre bien que la retraite n’est pas une libération du travail mais une seconde carrière libérée de l’emploi. L’initiative des retraités (et on sait combien les jeunes retraités débordent d’initiative) devrait être soutenue par un financement des investissements nécessaires à leur travail. Si les retraités passent des épreuves de qualification, ce salaire à vie pourrait continuer à augmenter par passage à un degré supérieur de qualification : la production de valeur économique ne s’arrête pas avec la retraite ! On pourra, sur cette base, revendiquer un abaissement progressif de l’âge du salaire à vie… Et aussi s’adresser aux jeunes avec le projet d’attribuer automatiquement à 18 ans le premier niveau de qualification (et le salaire qui va avec) et d’enrichir ainsi la majorité politique par la reconnaissance de la contribution de chacun à la production de valeur économique.

Affirmer que la retraite est l’entrée dans un travail libéré de sa pratique capitaliste suppose que les cotisations ne comptent plus dans le calcul de la pension, que ce soit par des annuités ou par des points. Ce n’est pas parce que nous avons travaillé que nous avons droit à la retraite, c’est parce que nous avons conquis le droit de travailler comme retraité, avec une qualification attribuée à la personne et non plus au poste de travail. La production de valeur correspondant à ce salaire à vie est faite par les retraités eux-mêmes. Supprimer toute condition d’annuité (et le calcul par points à l’ARRCOAGIRC) supprimera du coup la seconde peine des femmes : si leurs 22% de salaire en moins relativement aux hommes se traduit aujourd’hui par 47% de pension en moins, c’est à cause des annuités et des points. On retrouve ici le cœur de la revendication de nouveau statut du salarié de la CGT : attribuer la qualification à la personne et non pas au poste, c’est aussi payer à vie la personne puisque ce n’est plus son poste qui est rémunéré, mais elle-même.

samedi 14 mai 2016

DÉBAT, SAMEDI 21 MAI, THONON



Les mots qui fachent par Philippe Torreton: 
Coût du travail

Demander à quelqu’un de travailler pour soi coûte de l’argent, il faut lui payer un salaire et les charges qui vont avec, et c’est grâce et uniquement grâce à la production de richesses qu’engendre ce travail que l’on peut le rétribuer.

Sans ce travail, il n’est point de richesses. Cela paraît évident, mais il est des évidences à rappeler, car à force d’entendre à longueur d’analyses économiques absolument pas du tout orientées vers le libéralisme et distillées savamment par nos médias complètement indépendants du grand capital cette expression toute simple « coût du travail » et de lui coller tout de suite une réputation de frein à main, car il serait donc trop élevé et pénaliserait nos entreprises qui savent tellement mieux ce qui est bon pour nous, certains d’entre nous, finissent par s’y résoudre et se demandent si on ne pourrait pas réduire ce fameux « coût ».

Parfois, et même souvent, je rêve que nos courageux et indépendants journalistes économiques relayent avec la même ardeur le « coût » de l’exil fiscal et le « coût » de l’optimisation fiscale pratiqués par ces mêmes entreprises, ainsi que le « coût » de tous ces trains technologiques qu’elles ont ratés. Oui, j’aimerais que, tous les jours, dans les matinales des radios, dans les journaux télévisés, ces moralisateurs économistes nous martèlent le « coût » exorbitant de ces pratiques d’évitement qui pénalisent l’État dans ses missions régaliennes. Dans ces moments-là, je me dis que, pendant qu’ils y sont, ils devraient répéter à l’envi le « coût » des salaires de nos chefs d’entreprise, de ces retraites chapeaux, de ces parachutes dorés ou leurs équivalences du moment, de ces primes en tout genre – à la prise de fonction, au départ –, de ces prises de bénéfices au lieu d’investir dans l’outil de production, de cette manne qui part dans des fonds de pension sans fond qui exigent des taux de rentabilité hallucinants pour les entreprises, cette quête de marge amenant nos si chers chefs d’entreprise à envisager le travail comme une variable d’ajustement. Mais le travail, justement, n’est pas un produit, une matière première que l’on peut marchander ; parler du coût du travail revient à le mépriser et par là même mépriser l’humain qui en est le cœur palpitant. Le travail n’est pas une charge de plus pour l’entreprise, il est la condition sine qua non de l’existence même de l’entreprise, il est à l’origine de la valeur ajoutée de cette entreprise. Réduire le travail à un coût au même titre que l’encre des imprimantes, les trombones, le chauffage et la clim, c’est marchander l’humain, le rationaliser, c’est du taylorisme qui n’en finit pas d’abrutir l’homme. Après avoir réduit son corps à une machine répétitive, on économise à présent sur la maintenance de cette machine. Et ce n’est pas parce que la Communauté européenne vient de marchander des millions de migrants contre quelques milliards d’euros avec la Turquie qu’il faut tout sacrifier à la grande braderie libérale.


vendredi 13 mai 2016

DÉBAT, SAMEDI 21 MAI, THONON

les Giboulées de Marx vous proposent 
un débat sur un aspect des réponses envisagées :

«  Vers un revenu universel ? »
le samedi 21 mai à 18h au Château de Sonnaz à Thonon-les-Bains. 

la Finlande sera le premier pays européen à distribuer
un revenu universel à l’ensemble de ses habitants
Une allocation mensuelle sera versée par les pouvoirs publics dès 2017 à tout résident du pays, de manière inconditionnelle, quels que soient son âge et son revenu.
Le lancement du revenu universel finlandais est prévu début 2017. Mais le gouvernement a décidé de l’expérimenter avant cela sur un groupe limité de citoyens.
Dès janvier 2016, ces derniers vont percevoir 550 euros par mois. La proposition
finale sera présentée par le gouvernement en novembre 2016, après avoir analysé
les résultats de l’étude et envisagé les réformes de la fiscalité et de la protection
sociale à mettre en place. À terme, l’objectif est de remplacer l’ensemble

L’instauration d’un revenu de base, distribué de manière inconditionnelle

à chaque citoyen, est mise chaque jour un peu plus dans le débat public pour palier aux ravages d’un chômage de masse et de la précarisation généralisée des emplois et pour faire obstacle à la division, entretenue par la droite, entre les « privilégiés » (tous ceux qui détiennent un emploi stable) et les « assistés »(tous ceux qui, faute de revenus d’activité suffisants, doivent faire appel à l’aide de la collectivité nationale).

Toutefois, les objectifs fixés à ce revenu universel diffèrent. Pour les ultra-libéraux, remplaçant toutes les prestations sociales versées, il permettrait de mettre fin au «monopole qu’exerce la sécurité sociale », de réduire le rôle de l’État dans la protection sociale et de faciliter l’émergence de nouvelles compagnies d’assurance.

Pour les partisans de la « société du care », il serait chargé de mettre fin à la grande pauvreté et d’éviter l’incitation à ne pas reprendre un emploi que représenterait un revenu de remplacement comme le RSA, dont le montant diminue progressivement lors du retour à l’emploi. Pour les animateurs des fab labs, les hackers et les adeptes du dépassement du salariat par la révolution numérique, la défense d’un revenu universel de base a un tout autre objectif : permettre au travailleur de ne pas avoir à accepter n’importe quel emploi pour survivre et rémunérer l’indispensable développement des connaissances dont la création, par nature collective, fait aujourd’hui l’objet d’une appropriation exclusive par certains grands groupes.

Créer les conditions d’un libre choix de son apport à la société correspond à notre projet d’émancipation par le travail. Encore faut-il que l’instauration d’un revenu universel ne remette pas en cause la nécessaire valorisation des compétences acquises et celle d’un apport utile à la société, et que la révolution fiscale nécessaire pour assurer un montant suffisant à chacun soit acceptée. Aujourd’hui, la priorité est donc à la lutte pour une sécurisation des parcours professionnels de toutes les personnes, en emploi ou non, salariées ou « indépendantes ».

Véronique Sandoval, responsable PCF du secteur Emploi/travail


jeudi 12 mai 2016

DÉBAT, SAMEDI 21 MAI, THONON

Loi El Khomri, burn out, bore out, 
chômage de masse, 
l’actualité n’a de cesse de questionner 
le monde du travail.

Aux appétits de plus en plus féroces du capitalisme mondialisé, les réponses se multiplient ayant en commun une aspiration au mieux vivre dans la dignité, le respect.

C’est dans ce contexte que 
les Giboulées de Marx vous proposent 
un débat sur un aspect des réponses envisagées :

«  Vers un revenu universel ? »

 en présence de Bernard Friot, sociologue, et universitaire, 
et J.M. Durand, économiste, rédacteur à Economie Politique

le samedi 21 mai à 18h au Château de Sonnaz à Thonon-les-Bains.