vendredi 30 mars 2018

Permis de tuer



par Serge Halimi 

"Le Monde diplomatique", avril 2018

La police estime que l’enquête prendra « de nombreux mois », mais la première ministre britannique Theresa May a déjà identifié le coupable : l’ordre de tuer M. Sergueï Skripal serait venu du Kremlin. Pour le ministre des affaires étrangères Boris Johnson, le « comportement dangereux du président Vladimir Poutine » constitue en effet le « fil rouge » rattachant la tentative d’empoisonnement de l’ancien colonel des services de renseignement russes réfugié au Royaume-Uni à tous les forfaits antérieurs de Moscou : « l’annexion de la Crimée », « les cyberattaques en Ukraine », « le piratage du Bundestag », « l’ingérence dans plusieurs élections européennes », « l’indulgence envers les atrocités perpétrées par Assad en Syrie » (1). Résumons : M. Poutine en est capable, c’est donc qu’il est coupable.
Entre pic à glace et thé au polonium, entre Léon Trotski (assassiné au Mexique) et Alexandre Litvinenko (empoisonné à Londres), les services de sécurité russes ont assurément liquidé nombre d’opposants vivant à l’étranger. Sans que cela suscite le même hourvari diplomatique, d’autres gouvernements ont recouru à des pratiques tout aussi détestables. La « longue histoire d’assassinats commandités par l’État » dont s’offusque aujourd’hui M. Johnson entache quelques-unes des capitales occidentales (Paris, Berlin, Washington) qui, relayant Mme May, ont aussitôt publié un communiqué commun contre la Russie.
Israël, en revanche, a eu la sagesse exquise de s’en abstenir, sans doute parce qu’il figure au premier rang des pays qui « procèdent à ce genre d’opérations qu’ils qualifient d’“éliminations extraterritoriales” (2) ». La liste des Palestiniens, représentants officiels compris, abattus par ses services secrets à l’étranger ferait en effet presque passer les Russes pour de tendres amateurs : au moins une demi-douzaine rien qu’à Paris, sans que des sanctions particulières en découlent. Paris, où disparut également l’opposant marocain Mehdi Ben Barka, et où furent assassinées la Sud-Africaine Dulcie September, représentante du Congrès national africain (ANC), puis, plus récemment, trois militantes kurdes. Quant à Washington, un ancien ministre chilien de Salvador Allende, Orlando Letelier, y a été tué par des agents d’Augusto Pinochet. Ronald Reagan ne cessa pas pour autant de célébrer sa dictature, et Margaret Thatcher ne s’interdit pas davantage de partager à Londres avec le général putschiste un thé (sans polonium)… ni de lui offrir un plat Armada en argent.
« Éliminations extraterritoriales » définirait également assez bien la pratique américaine consistant à tuer à l’étranger, par voie de drones, des terroristes présumés. M. Barack Obama autorisa officiellement plus de 2 300 assassinats de ce genre pendant sa présidence. De son côté, M. François Hollande a confié avoir ordonné plusieurs exécutions extrajudiciaires d’« ennemis de l’État » — une par mois environ au cours de son mandat. Aucun de ses amis politiques interrogés à ce sujet lors d’un débat de la primaire socialiste de l’année dernière ne lui en fit pourtant reproche (3).
« Oui, c’est parfois nécessaire », expliqua même M. François de Rugy, devenu depuis président de l’Assemblée nationale.

Serge Halimi

(1) Tribune publiée par Le Parisien, 16 mars 2018.
(2) Pour reprendre une formule du chercheur Mathieu Boulègue, cité par L’Opinion, Paris, 13 mars 2018.
(3) Débat télévisé, TF1, 12 janvier 2017.
(3) Débat télévisé, TF1, 12 janvier 2017.




mercredi 28 mars 2018

FONDAMENTAL

Rencontre du PCF 
avec la ministre des Transports 
sur la SNCF
Mardi 27 mars, une délégation du PCF composée de Pierre Laurent, Eliane Assassi, Sébastien Jumel, Hubert Wulfranc et Jacques Baudrier a rencontré Elisabeth Borne, ministre des Transports pour lui présenter les propositions du PCF pour la SNCF. A la sortie du ministère, Pierre Laurent résume les principaux points de l'échange.

Face au gouvernement, du MEDF et des Multi-nationales, de plus en plus autoritaire et
antidémocratique, cultivant la manipulation et le mensonge, la question "comment faire pour gagner" et comme toujours FONDAMENTALE, et nous devons y répondre.


Philippe Martinez : 
comment faire pour gagner
Philippe Martinez : "Aujourd’hui, nous devons faire du cousu main. En 1968, c’est parti comme cela. Il n’y a pas eu d’appel général à la grève, mais un enchaînement de mobilisations qui ont convergé. Le patronat avait le même discours qu’aujourd’hui, or des avancées sociales énormes se sont produites pour le monde du travail."

mardi 27 mars 2018

NOUS NE LAISSERONS PAS FAIRE

Pierre Laurent : « nous ne laisserons pas sacrifier les services publics »


Lors de la grande manifestation des cheminots du 22 mars à Paris, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF s’est exprimé au micro de l’Humanité.fr pour dénoncer le dangers de la privatisation de nos services publics.

SNCF - Les cheminots voient rouge

Inquiets mais "déterminés", les cheminots venus en nombre manifester à Paris se sont montrés prêts à la confrontation avec le gouvernement. Peu avant le départ de la grande manifestation nationale, à la gare de l’est, l’Humanité.fr est allé à leur rencontre




vendredi 23 mars 2018

SALLE COMBLE POUR MARX

Hier soir 22 mars la salle du cinéma "Le France"
était comble pour voir le Film de Raoul Peck "Le jeune Marx"
à l'invitation de notre journal et blog "Les Giboulées de Marx"
pour le bicentenaire de la naissance de Karl Marx


Suivi d'un débat en présence de Jérôme Skalski
jounaliste à l'Humanité et essayste





LE LENDEMAIN DE LA MANIF DU 22


Thonon-les-Bains plus de 300 personnes, Annecy 3000
Et 500 000 dans tout le pays


Il faudra recommencer, encore et encore
pour que le gouvernement entende raison




Le temps des causes communes

Agents, usagers, retraités… et cheminots ont convergé en nombre, ce jeudi, à Paris, place de la Bastille, pour les « salaires, l’emploi et le statut » des fonctionnaires, et pour défendre un modèle de société.

Partout en France, des rassemblements et des actions se tiennent ce jeudi 22 mars, dans le cadre de la journée de grève nationale de la fonction publique et du ferroviaire. Ainsi à Bobigny, les profs de sport de Seine-Saint-Denis bloquent la direction départementale de l’Education nationale, en organisant un tournoi dans la rue. Ils dénoncent le manque de moyen chronique auquel leur profession est soumise, au détriment des élèves.

L'éditorial de l'Humanité de Patrick Apel-Muller.
Les préposés aux éléments de langage dépêchés par LREM vont bien tenter d’ergoter sur les antennes, mais ils n’y changeront rien. Les mobilisations d’hier, et pour celle des cheminots qui débute, s’avèrent d’incontestables réussites. Elles sont à la fois un témoignage de l’inquiétude populaire à l’égard de l’offensive d’Emmanuel Macron contre tous les services publics et l’indice d’un climat nouveau dans le pays. L’attente prudente à l’égard de ce que serait la politique du pouvoir, puis la sidération devant la brutalité des mesures et leur avalanche commencent à se dissiper. Les Ehpad, les hôpitaux, les retraités, les écoles, la justice, la pénitentiaire… La liste des conflits ne cesse de croître et l’addition pourrait bien devenir convergence. Ainsi, la traditionnelle opération de la direction d’Air France pour diviser les pilotes et les autres personnels vient d’échouer ; les uns et les autres ont décidé de se serrer les coudes et de faire grève aujourd’hui.
Toutes les divisions ne sont pas surmontées. Des usagers croient encore que les cheminots sont des privilégiés ou que c’est en cassant l’outil SNCF qu’on s’en servira mieux. D’autres qui galèrent dans le privé se persuadent encore que c’est la vie de château pour les fonctionnaires. Certains s’obnubilent sur les avantages supposés du voisin et perdent de vue l’immense explosion de richesse de la minuscule minorité qui contrôle le grand capital. Mais la journée d’hier va conduire des centaines de milliers de manifestants ou de grévistes à croiser leurs combats et à s’adresser aux citoyens pour qu’ils défendent leurs biens communs, leurs besoins partagés, leurs droits à l’égalité. Les porte-à-porte que les dirigeants de LREM annoncent dans leurs beaux quartiers auront alors pâle figure et sembleront des rallyes mondains.
« À temps nouveaux, devoirs nouveaux », écrivait Victor Hugo. Celui de l’échange, du rassemblement le plus large, des causes communes s’amorce.

          Patrick Apel-Muller

Directeur de la rédaction

mercredi 21 mars 2018

Votre soirée du 22 Mars

CINÉMA LE FRANCE 20H








Rendez-vous du 22 Mars

Tous ensemble manifestons pour défendre nos services publics
Écoles, Collèges, Lycées
Santé, Hôpitaux, EHPAP
Transports...

Thonon-les-Bains, place des Arts 17 h

Conférence de presse unitaire en soutien aux cheminots Intervention de Pierre Laurent


Mercredi 21 mars, les représentants de douze organisations de gauche, dont Olivier Besancenot (NPA), Pierre Laurent (PCF), Ugo Bernalicis (LFI) ou David Cormand (EELV), ont appelé ensemble à manifester jeudi contre la réforme de la SNCF et "pour le service public".




samedi 17 mars 2018

« On ne supporte plus les donneurs de leçons ! »



« Macron, ça suffit de tout casser 
et de culpabiliser les retraités »




Neuf organisations syndicales comptabilisaient, jeudi après-midi, 161 manifestations dans 95 départements. 

A l’appel de 9 organisations syndicales et associatives, les retraités ont défilé à nouveau ce jeudi 15 mars pour protester contre la hausse de 1,7 point de la contribution sociale généralisée (CSG). Alors que le gouvernement évoque cette mesure comme relevant de la solidarité intergénérationnelle, l’Humanité.fr s'est glissé dans le cortège parisien.

Plusieurs milliers de retraités ont manifesté aujourd’hui dans les rues de Strasbourg, un record si on compare aux précédentes manifestations de retraités, selon les organisations syndicales. En dehors des retraités, beaucoup d’actifs et de jeunes se sont mobilisés. Paroles de manifestants.
Monique, ancienne aide maternelle :
« C’est la première fois que je manifeste pour les retraites mais je reviendrai. C’est toujours les retraités et la classe moyenne qui sont touchés. Les riches mettent leur argent ailleurs, les pauvres n’en ont pas, et la classe moyenne trinque, il y en a marre. Je ne touche pas une grosse retraite, je suis en dessous de ce qui est requis pour payer le 1,7% de CSG, mais comme le quotient familial est plus élevé, je trinque comme tout le monde. Quand ils nous disent que les petites pensions ne sont pas concernées, je suis désolée, ce n’est pas vrai. »
Jean-Paul, ancien salarié de l’informatique :
« On ne supporte plus les donneurs de leçons, et cette arrogance qui ne respecte plus personne. Moi j’ai bossé toute ma vie,  j’ai fait des semaines de 70 heures et aujourd’hui, je perds 720 euros par an. Ma femme a une petite retraite – 360 euros par mois – mais comme ils raisonnent en foyer fiscal, on lui a déduit la CSG. C’est scandaleux. »
Francine :
« J’ai 81 ans, j’ai été traductrice et secrétaire indépendante pour plusieurs éditeurs, je me suis arrêtée de travailler quand mon mari a pris sa retraite. Ce cynisme de la part du gouvernement est insupportable, ça suffit, on ne tape pas là où on doit taper. Ce ton paternaliste de Macron, je ne supporte pas. Il y a de moins en moins de démocratie, je pense qu’il faut que ça s’arrête. En dehors de la manif des retraites, j’ai vu la façon dont a été réprimée la manif des Kurdes à Paris, c’est un scandale. Collomb ne sait même plus arrêter ses flics, il y a un tas de raisons pour lesquelles je suis là. Avant, c’était pas brillant, mais alors là… »
Pierre :
« Je suis retraité des Affaires sanitaires et sociales depuis fin 2011, ma retraite est gelée depuis longtemps, et là on me pique 900 euros cette année, pour compenser peut-être ce qui a été donné aux très riches qui eux ont toujours besoin d’en avoir plus. Et peut-être que si on ne dit rien, l’année prochaine on nous enlèvera le double. »
Serge, retraité de la métallurgie :
«  Il y en a marre de se faire tondre la laine sur le dos par la CSG. C’est inadmissible qu’on essaie de diviser le privé et les retraités. Les retraités aident leurs enfants et leurs petits enfants quand ils le peuvent. Leur retraite, ils ont bossé toute leur vie pour la gagner, c’est pas un cadeau qu’on leur fait. Quand on fait du porte-à-porte pour discuter avec les gens, ce qu’on ressent, c’est ce grand frein dans leur tête : est-ce qu’on peut faire autre chose que manifester ? »
Pierre, ancien salarié d’une banque mutualiste :
« Je perds encore 60 euros avec la CSG, aujourd’hui on continue à pomper les retraites avec la CSG, et ce qui est lamentable, comme on l’entend en boucle à la télé, c’est d’opposer les jeunes aux anciens, d’opposer les générations. »
Sandrine, agent hospitalier :
« Je suis active mais je soutiens les retraités. On va déjà avoir des retraites qui seront moindres que les personnes qui sont là autour de nous, donc cette CSG qui est imposé concerne tout le monde, et aussi ceux qui seront en retraite dans l’avenir. Retraités, actifs ou jeunes, on est tous concernés. »
Jean-Marc :
« Je suis retraité des Finances publiques depuis 2011 je suis là parce que je suis enthousiaste de perdre tous les moins une cinquantaine d’euros de alors qu’à côté de ça, on supprime l’ISF. C’est insupportable, c’est vraiment une politique de classe. »
Arpad, étudiant :
« Nous en tant que jeunes, on est attaqués parce que le gouvernement va détruire le service public au niveau de la Fac et du lycée, du Bac pro. On s’est dit qu’il fallait rejoindre les retraités, et ceux des EPHAD que Macron veut aussi déstabiliser en attaquant le service public. On soutiendra aussi les manifs des cheminots et des hospitaliers parce que tous ensemble on peut faire bloc contre les lois Macron qui visent à détruire le service public. Au moment de la loi Devaquet, ils avaient été obligés de retirer la loi devant la mobilisation, rien n’empêche que ça se passe pareil. A Toulouse, 3 000 étaient en AG mardi, à Paris, ça bouge aussi avec beaucoup de lycées bloqués et de gens dans la rue, et le 22 mars, il y aura une manif contre la sélection. »
Serge Block, secrétaire général des retraités CGT : 
« Je sens la mobilisation plus forte aujourd’hui, on est plus nombreux que le 17 septembre. Dans tous les contacts que j’ai, il ressort que la conscience réelle de la pénibilité de la situation de retraité aujourd’hui est insupportable. La hausse de la CSG a été un catalyseur extraordinaire. Le blocage du taux des retraites depuis 4 ans, la CSG, régression au niveau des remboursements de sécurité social, il y a un moment où le vase déborde ! »